MA DÉMARCHE D’AUTRICE
Mon histoire n’a rien de particulier si ce n’est que j’ai été adoptée. Si j’ai écrit ce livre, c’est parce que j’avais des choses à raconter à propos de l’adoption et des retrouvailles, car ce n’est pas quelque chose de courant. Je suis une de ces personnes adoptées qui a mis beaucoup d’efforts à retrouver ses parents d’origine. Les écueils auxquels je me suis heurtée ne sont pas différents de ceux contre lesquels se sont butées d’autres personnes adoptées, même si chacun a un cheminement qui lui est propre.
Je me suis aperçue à la suite des premiers mois de retrouvailles que j’avais grandi sans vraiment comprendre les effets qu’avaient eus la séparation et l’adoption sur mon développement personnel. Je ne possédais pas le vocabulaire pour rendre compte de mon expérience et ne comprenais pas pourquoi je vivais des émotions pour lesquelles je n’avais pas de mots. La lecture et l’écoute de témoignages d’autres personnes adoptées, tels des phares, me rappelaient que mon expérience n’était pas isolée.
Plus je découvrais mon passé, mes parents d’origine et mes racines, plus je constatais que les retrouvailles n’étaient pas une finalité en soi, mais bien plus un long cheminement qui marquait le début d’une autre réalité à apprivoiser.
Au-delà d’un geste thérapeutique, l’écriture s’est imposée naturellement comme la voie privilégiée pour exprimer certains aspects reliés au vécu de la personne adoptée, et créer des liens avec ceux et celles chez qui mon histoire, mon expérience et mes questionnements trouveront un écho. C’est ainsi qu’un récit autobiographique s’est transformé en un projet de plus grande envergure.
Ma quête est ancrée dans un contexte où l’histoire sociale et religieuse québécoise joue un rôle primordial. Les secrets et les tabous qui dominaient autrefois les mœurs et entouraient l’adoption d’un enfant ont eu des impacts majeurs sur ma vie, et sur celles de milliers de personnes adoptées. Je fais partie de la dernière génération d’adoptés issus du système des crèches du Québec. Je raconte donc l’histoire de l’hôpital la Miséricorde de Montréal et rappelle la situation des mères célibataires de l’époque. J’analyse l’évolution des lois sur l’adoption et explique l’impact sur la recherche de ses origines, de la confidentialité et du secret entourant l’adoption, et souligne la difficulté de connaître, encore aujourd’hui, ses antécédents médicaux.
Dans ce livre, j’ai voulu retracer les défis que j’ai rencontrés et explorer plusieurs notions, d’identité, d’appartenance, de trauma et de deuil ainsi que les enjeux liés à mon expérience. J’espère que ce récit favorisera le dialogue et contribuera à une meilleure compréhension de la réalité vécue par les personnes adoptées dans un système d’adoption fermé.
EXTRAITS
“ Parce que je suis adoptée, je n’ai pas eu droit d’accès aux informations relatives à mon identité, à celle de mes parents d’origine, à mon premier acte de naissance, à mes antécédents médicaux, à mon histoire familiale et à mes racines. J’ai un arbre moi aussi, mais je ne l’ai découvert qu’à l’âge de 49 ans. ”
“ La quête de mes origines est ancrée dans l’histoire sociale et religieuse québécoise, car les secrets et les tabous qui dominaient autrefois les mœurs et entouraient l’adoption d’un enfant ont eu des impacts importants sur ma vie, et sur celle de milliers de personnes adoptées. ”
MAMY BLUES, le livre
